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LES CAVES DU VATICAN * 243*

pas plus grande, dit tout doucement la comtesse en détournant la tête et laissant retomber son face-à-main. J'ai pour les secrets que l'on me confie le plus grand respect. Dieu sait si j'ai jamais trahi le moindre. Mais jamais il ne m'est arrivé de solliciter une confidence... Elle^ fit un léger mouvement comme pour se lever, l'abbé étendit le bras vers elle.

— Vous m'excuserez. Madame, en daignant considérer que vous êtes la première femme, la première j'ai dit, qui ait été jugée digne, par ceux qui m'ont confié l'effrayante mission de vous avertir, digne de recevoir et de conserver ce secret. Et je m'effraie, je l'avoue, à sentir cette révéla- tion bien pesante, bien encombrante, pour l'intelligence d'une femme.

— On se fait de grandes illusions sur le peu de capacité de l'intelligence des femmes, dit presque sèche- ment la comtesse ; puis, les mains un peu soulevées, elle cacha sa curiosité sous un air absent, résigné et vaguement extatique qu'elle jugeait propre à accueillir une importante confidence de l'Eglise. L'abbé rapprocha de nouveau son fauteuil.

Mais le secret que l'abbé Salus s'apprêtait à confier à la comtesse m'apparaît encore aujourd'hui trop décon- certant, trop bizarre, pour que j'ose le rapporter ici sans, plus ample précaution :

Il y a le roman, et il y a l'histoire. D'avisés critiques, ont considéré le roman comme de l'histoire qui aurait pu être, l'histoire comme un roman qui avait eu lieu. Il faut bien reconnaître en effet que l'art du romancier souvent emporte la créance, comme l'événement parfois la défie^ Hélas ! certains sceptiques esprits nient le fait dès qu'il

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