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242 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

— Excusez-moi, dit enfin Tabbé, sortant du foulard une face congestionnée. Je vous sais trop bonne catholique, Madame la comtesse, pour ne pas bientôt me comprendre et partager mon émotion.

La comtesse avait horreur des effusions ; elle réfugia sa bienséance derrière un face-à-main. L'abbé se ressaisit aussitôt, et rapprochant un peu son fauteuil :

— Il m'a fallu, Madame la comtesse, la solennelle assurance du cardinal pour me décider à venir vous parler; oui, l'assurance qu'il m'a donnée que votre foi n'était point de ces fois mondaines, simple revêtement de l'indifférence...

— Venons au fait. Monsieur l'abbé.

— Le cardinal m'a donc assuré que je pouvais avoir en votre discrétion, une confiance parfaite ; une discrétion de confesseur, si j'ose ainsi dire...

— Mais Monsieur l'abbé, pardonnez-moi : s'il s'agit d'un secret dont le cardinal soit averti, d'un secret d'une telle gravité, comment ne m'en a-t-il pas parlé lui-même.^

Le seul sourire de l'abbé eût déjà fait comprendre à la comtesse l'incongruité de sa question.

— Une lettre ! Mais Madame, à la poste, de nos jours,. toutes les lettres des cardinaux sont ouvertes.

— Il pouvait vous confier cette lettre.

— Oui, Madame ; mais qui sait ce que peut devenir un papier? Nous sommes tellement surveillés. Il y a plus: le cardinal préfère ignorer ce que je m'apprête à vous dire^ n'y être pour rien... Ah ! Madame, au dernier moment mon courage m'abandonne et je ne sais si...

— Monsieur l'abbé, vous ne me connaissez pas, et je ne puis donc m'offenser si votre confiance en moi n'est

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