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194 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISl

aussi des copies de quelques unes des toiles d'Ingres, et le Jésus parmi les docteur Sy qu'il légua par testament à la Ville de Montauban. Il y a aussi le fameux violon, qui figure sous une vitrine entre des couronnes de papier doré poussiéreux et fané. Cela est assez ridicule, et les copies sont médiocres. Quant aux études et aux dessins, ils démontrent avec une surabondance peu commune, qu'il y a vraiment une forme du génie qui est une longue patience. Rien n'est indifférent ici, pas même le plus mauvais petit bout de papier où la main d'un magnifique ouvrier a tracé des lignes dont le trait, fût-il sommaire, dénonce toujours une griffe de maître. Rien n'est récon- fortant non plus comme l'exemple de cette pensée, ou plutôt de cette volonté créatrice qui, infatigablement, se cherche, se trouve, se dépasse, revient sur soi, acharnée à se corriger, à s'épurer, à rencontrer la perfection. Telle étude, celle de la Source par exemple, recommencée vingt fois, et chaque fois plus poussée, toujours défaite et reconstruite, montre avec quelle ténacité l'artiste enten- dait surprendre et accomplir une forme définitive. Est-ce bien même de ténacité qu'il faut ici parler ? Nous nous abusons souvent, d'après les résultats, sur l'origine d'une œuvre d'art. Nous nous imaginons, ou bien qu'elle a jailli toute formée, comme Minerve armée du cerveau de Zeus ; ou bien encore qu'elle est le fruit d'une élabora- tion calculée, d'une maturation pleine de prudence et de réflexion. Il faut en rabattre. En réalité, rien encore n'est venu nous renseigner sur la conception et la gesta- tion des œuvres d'art. " Sera-t-il dieu, table, ou cuvette " ? Au fond, c'est toujours dans cette probabilité qu'est inclus le germe mystérieux d'où le chef-d'œuvre doit éclore.

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