Page:NRF 11.djvu/196

Cette page n’a pas encore été corrigée


190 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

mais point à ce degré d'équilibre et de condensation, qu'à force de simplification et de dépouillement. C'est peut-être une erreur de croire que le seul dessin est idéaliste. La couleur, malgré tout son matérialisme, n'est que la vision du monde que chacun se fait avec ses yeux et avec son esprit : elle est toute subjective. Elle est, pour tout autre que celui à qui elle sert de langage propre, une grande maîtresse d'erreurs. La vertu d'un Ingres, c'est que la réalité se dépose en lui toute vive, et qu'il l'absorbe telle qu'il la reçoit. Seulement il a des organes et un cerveau tellement bien construits, qu'il l'exprime et la rend dégagée de toutes ses impuretés. Lui, un arrangeur ? allons donc. Il cède à son démon, voilà tout, lequel le contraint de sacrifier le détail pour atteindre l'essentiel qui n'est pas l'abstrait, mais l'être tout nu. Or, nul ne fut plus peintre d'accessoires que Dominique Ingres, ni plus méticuleux ouvrier d'histoire, d'architecture et d'ameublement. S'il le fallait cependant, j'irais le chercher jusque-là, et jusque dans ce souci, je dirais presque cette manie d'exactitude. J'y verrais une preuve de plus de l'amour tenace, absolu, et de la dévotion presque servile avec lesquels il s'incorpora, pendant plus de cinquante ans, le monde visible. Seulement, comme il l'appréhende avec des sens qui ne faiblissent jamais, on le traite de déformateur. Déformateur, j'y consens, mais dans l'esprit le plus droit. C'est donc réformateur qu'il faudrait dire. Mais il ne réforme que dans le sens de la plénitude et de la raison, et, loin d'en retrancher, il en remet.

Il convient d'aborder Montauban au gré de ces pensées, je n'ose dire de ces rêveries. En effet, qui pourrait y rêver ? Un air de majesté désabusée, et, partout appliquée, une

�� �