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I 70 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

rentreront vite dans le passé d*où elles sortent, et quand tout le monde les aura vues, il ne sera plus temps d'en parler, sous peine d'encourir l'anathème des " futuristes ". Je me hâte donc de présenter en quelques mots ces inappréciables trésors.

Le Musée Jacquemart-André n'est pas un musée de chefs- d'œuvre. S'il y a là, peut-être, le plus beau Pontormo qui soit, il n'y a, j'en suis sûr, ni le plus beau Van Dyck, ni le plus beau Fragonard, ni le plus beau Rembrandt... A coté de quelques pièces de premier ordre, on en trouve une multitude du second ; mais c'est cette multitude-là qui fait le prix et qui crée l'atmosphère du Musée. Rien de fâcheux, rien de médiocre ; à défaut de la beauté parfaite à laquelle n'atteignent que quelques grands artistes, le fécondant reflet qu'ils en projettent sur leur temps. Il m'importe peu que les deux Esclaves de Michel Ange et quelques bustes accomplis habitent les salles glacées de la Renaissance Italienne qui se trouvent au rez-de-chaussée du Louvre ; si elles ne m'en paraissent pas moins vides ! Eux- mêmes n'y prennent pas leur vivante valeur ; ils souffrent d'une sorte d'exil, et on les ramènerait volontiers à Florence. Dire quelle grandeur, quelle chaleur ils acquerraient soudain au premier étage du Musée André, parmi des œuvres qui ne les valent pas, mais qui sauraient bien leur répondre parce qu'elles les préparent, les expliquent et les supposent, c'est reconnaître l'extraordinaire miracle qu'un goût très sur y a réalisé. Dire que la collection du Boulevard Haussmann appelle à soi les chefs- d'œuvre du Louvre et qu'on trouve ici le " milieu " qu'on ne trouve pas là, c'est marquer de quel accroissement sin- gulier viennent de s'enrichir nos moyens de culture. Pour deux ou trois Donatello bien authentiques, voici une dizaine d'œuvres de l'atelier du maître, voici une vierge de Sienne en bois peint qui nous ramène aux origines, voici un groupe en terre émaillée du vieux Luca qui n'a pas d'analogue au Louvre, voici un " héros inconnu " de Desiderio da Settignano où est toute la fine fierté du XV* siècle, voici quantité de morceaux non

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