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Il y aurait, à écouter le vœu de M. Rondel, en acceptant et logeant, sous Pégide de la Comédie-Française, la collection dont le legs lui est généreusement offert, un intérêt qu’un gouvernement éclairé devrait comprendre. Il ne s’agit point des livres eux-mêmes, on peut admettre que les bibliothèque» publiques possèdent à elles toutes une collection complète de tout ce qui intéresse le théâtre, il s’agit de ceux que la littérature intéresse et qui s’intéressent à la littérature dramatique. La bibliographie est autre chose qu’un inventaire de la littérature, elle est le témoignage de sa diversité et de sa continuité et, servant d’instrument de travail, elle s’élève à son tour à part et presque au dessus des ouvrages qu’elle mentionne et des auteurs qu’elle sauve de l’oubli. Or, il n’y a pas parmi les écrivains que des esprits qui, allant de l’avant, se détachent de ce qui les entoure avec une ardeur parfois téméraire et une confiance souvent exagérée en leurs seules ressources. Ceux-là peuvent ignorer ceux qui les ont précédés, bien qu’ils s’occupent un peu trop de ceux qui peuvent les suivre. Il y a aussi ceux qui, au lieu de s’accrocher à leurs rêves, aiment mieux s’appuyer sur des faits et qui se contentent de venir à leur rang, qui peut être le premier. Ces esprits, qui assurent à une littérature, à une race son unité, sa continuité, sont singulièrement mal partagés. De tout ce qui s’est passé, de tout ce qui s’est fait ou écrit, on ne sait presque rien. Presque rien n’est dépouillé dans les vestiges du passé, de manière que l’armature de l’histoire apparaisse nettement. Les archives et les bibliothèques ne sont plus que des nécropoles où les vivants n’osent pas s’aventurer. Que l’on ne dise pas que cela ne peut gêner que les érudits, dont c’est le métier. Cela gêne aussi l’esprit de tout un peuple, cela le maintient dans l’ignorance ou pis encore dans la demi-connaissance, et à la longue cela paralyse ou déforme l’esprit lui-même. Il semble que, dans un pays qui saurait bien administrer son patrimoine d’intelligence, il n’est point d’homme ayant eu de l’influence sur ses contemporains par l’action ou par la pen-