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Il8 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

cheveux unis... Ce que la Maison du Berger est aux machines de vitesse, de bruit et de fumée qu'il faut aux marchands, ce que le culte de la poésie est aux tréteaux de la politique, un cœur féminin, tendre et souffrant. Test, pour Thomme, à tout le reste de la vie.

Religion de la souffrance. A tout ce qui s'appelle perma- nence, stabilité, fondées sur le sacrifice nécessaire, établies sur les fondations d'injustice dont ne se passe ni la nature ni la société, à ce qui est raison commune et loi permanente^ la poésie et l'amour disent également anathème.

Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines J^aïme la majesté des souffrances humaines.,. Aimons ce que jamais on ne verra deux fois...

Dans cette maison roulante du berger tient toute l'âme du romantisme, mais d'un romantisme à l'état de reflux, qui renonce à se proclamer berger d'hommes, n'est plus que le berger d'un cœur fidèle, d'une heure qui passe, se retire du monde pour s'abîmer dans le déchirant, le pathétique et le musical. Point de maturité fine après lequel l'instinct romantique se défera dans l'exaspéré, le maladif et le bizarre, après lequel l'amour de ce que jamais on ne verra deux fois se tournera en recherche de l'unique et du paradoxal que l'on ne saurait imaginer deux fois. La Maison du Berger où le poète s'est isolé, la voici prise dans le rythme du Voyage baude- lairien.

Et les moins sots, hardis amants de m démencey Fuyant le grand troupeau marqué par le destin^ Et se réfugiant dans F opium immense ^ Tel est du globe entier F éternel bulletin.

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