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112 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ment parfois, injustes, souvent très exactes. Des vers tels que

Me nourrissant de fiel^ de larmes abreuvée^ 'Je n osais dans mes pleurs me noyer à loisir.

ne sont pas des exceptions. . .) Mais si son style est construit un peu du dehors, du moins s'est-il mis franchement à cette besogne, et la probité laborieuse attachée à son génie est devenue la plus authentique plénitude du génie. (Cela, Henri Ghéon Ta indiqué, je crois, dans son Exemple de Racine.) Et Racine, quand il écrivait, se faisait petit enfant à l'école non seulement de la nature, mais de Vaugelas : il avait toujours proche de lui les Remarques sur la langue française. Un romantique, au contraire, entre les quatre murs de son cabinet, est pape. Mais ce que supporte allègrement un Hugo, fait ployer les épaules plus frêles d'un Vigny et d'un Baudelaire.

Devant cette infériorité, d'où vient alors la juste ferveur dont est restée entourée la poésie de Vigny ? De la qualité poétique de ses plus beaux vers, de ceci, que seul des grands romantiques, il fut le poète de la vie intérieure et de ceci encore que les formes les plus récentes de notre poésie l'eurent pour précurseur.

Aucun exemple ne ferait, mieux que le sien, compren- dre la différence de nature entre la parole et la poésie, et qu'un écrivain ordinaire peut être un grand poète. Je dis ordinaire, et non médiocre. En dehors de la poésie pure, il tient un bon rang, sans plus. Son théâtre n'existe guère, mais ses romans sont d'une technique, d'une construction parfaites : Cinq-Mars est bâti aussi savamment que Quentin Durward (ce n'est pas un mince éloge). Les

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