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NOTES IO7I

une prévention d'honnêteté existe en sa faveur ; l'exposition de M. Jouve ne la déçoit pas.

Les animaux apportent presque toujours un malin plaisir à ne pas tenir la pose, ils ne livrent à leurs interprètes que la matière de notes et de croquis. Mais nul tempérament n'est moins apte que celui de M. Jouve à se contenter d'impressions et d'instantanés. Il a le goût du travail large et achevé. Son coup de crayon ou de pinceau a beau être rapide, il ne s'en tient pas à des indications ; il lui faut des volumes arrêtés, des masses de clairs et de sombres qui se balancent. Aussi ne nous donne-t-il que çà et là l'impression du premier jet ; presque toujours ses figures semblent le résultat d'études accumulées et corrigées les unes par les autres.

Une panthère dessinée par lui n'est pas telle panthère apparue tel jour sous telle lumière particulière ; c'est la panthère dans l'affirmation la plus forte de tous ses caractères de race. Aussi n'y aurait-il pas à pousser beaucoup ces études dans le sens de la simplification, pour qu'elles pussent être transposées en musique ou taillées dans le granit.

J'avoue pourtant éprouver quelque gêne devant des dessins d'animaux que complète un grand paysage et qui forment tableau véritable. Je sais bien qu'il y a les admirables aquarelles de Barye ; mais elles sont de petite dimension, ce qui les sauve de toute arrière-pensée d'académisme. Il y a une sorte de contradiction entre la mobilité de l'animal et l'immobilité du paysage. Si mon attention tendue a pu surprendre l'attitude d'un cheval au galop, elle n'a pu, dans le même moment, remarquer au loin les prés et les arbres. Si, pour parler le langage de la photographie, l'oeil était " au point " quand il regardait les replis de ce boa, il devait voir " flou " tout l'entourage. Et ma gêne est peut-être encore plus morale que logique : je devrais éprouver une si forte émotion à la vue de ce reptile, être si fasciné par lui, que je ne serais plus en état de rien apercevoir d'autre.

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