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I068 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

LA MUSIQUE

DEUX ŒUVRES RÉCENTES DE CLAUDE DE- BUSSY.

S'il ne fallait juger de la valeur et de l'importance d'une œuvre de musique que par ses dimensions et par le bruit qu'elle fait, on pourrait se dispenser de parler de Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé, pour chant et piano, et de la Boite a joujoux. Ce sont deux petits ouvrages ; non point courts, seulement, mais de sonorité menue, de fine sensibilité, d'un sentiment qui ne se gonfle pas pour paraître davantage, mais semble au con- traire se modérer volontairement afin de s'énoncer avec plus de précision. Mais pour cette raison même, au milieu de la rumeur causée en ce moment par les œuvres plus bruyantes, plus ostensiblement originales, de M. Strawinsky, il me paraît opportun de signaler ces deux compositions d'un goût plus discret, dans lesquelles un tempérament artistique d'une qualité rare, pour s'affirmer avec plus de délicate réserve, n'en apparaît qu'avec une plus incontestable et vivante intégrité. Cette musique se présente sans détours comme aussi sans fanfaronnade. Dans quelque subtil raffinement qu'elle se plaise parfois — ainsi dans le troisième des Poèmes, dont la manière est la plus " nouvelle " et rejoint certains passages du Saint-Sébastien ou encore de la seconde série des Préludes — jamais on n'éprouve cependant, à la lire, ce fâcheux sentiment d'être dupe que nous donne une musique artificielle ou contrefaite. Authentique, celle-ci le paraît être jusque dans ses précieux excès. Toutefois, malgré l'exquise délicatesse du sentiment, léger comme un souffle, qui donne tant de charme à la troisième pièce de ce recueil, peut-être préféré-je les deux autres, plus simples — est-ce bien " simples " qu'il faut dire ? car la complication apparente de Eventail me paraît l'effet, au

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