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I054 L^ NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

jour cette comédie du Réviseur qui est très scénique, très

amusante, et dont la facture n'a rien de russe. Biélinsky, le

Sainte-Beuve russe, la déclarait supérieure à tout ce qu'a écrit

Molière. M. Léger n'hésite pas à la mettre au même rang que

le Tartuffe et le Misanthrope. L'éloge est peut-être forcé. Mais,

quoi qu'il en soit, et si jamais le Reviseur était porté à la

scène, on voit qu'une révision sévère de la traduction de

Mérimée s'imposerait.

C. V.

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��LE SEUIL INVISIBLE (I. La Grâce, pièce en cinq actes. — II. Le Palais de Sable, pièce en quatre actes) par Gabriel Marcel (Bernard Grasset).

Ce sont deux drames d'idées, sans allégorie ni symbole. L'auteur n'y veut rien montrer qu'une " tragédie de pensée ", mais en situant le conflit dans des milieux réels, tout semblables au nôtre ; en choisissant des personnages " qui ne se distinguent de la moyenne que par une clairvoyance intérieure plus aiguë ". Le lyrisme tragique auquel il tend est un lyrisme de la conscience claire, qui dédaigne d'exploiter simplement la surprise inquiète en face du mystère, l'angoisse au seuil de l'inexprimé. Et le livre, enfin, s'adresse aux esprits religieux et à eux seuls : " Car la religion considérée dans son essence n'est pas un credo objectif, portant sur des réalités transcendantes, pas plus qu'elle n'est un code de préceptes moraux : elle est la foi dans la valeur absolue de la vie, non pas la divinisation d'un phénomène naturel, mais l'affirmation qu'il n'y a de réalité véritable que de l'esprit, et que le reste n'est pas."

Je ne voudrais pas que ce programme abstrait décourageât un seul lecteur : ces drames ne sont pas vaine idéologie ; ils vivent d'une vie intense, ils remuent l'âme, ils y soulèvent une exaltation singulière. Mais comment les résumer sans en appau- vrir, sans en fausser même la signification ?

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