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NOTES 105 1

recèlent de portée symbolique, de vertu suggestive. Derrière le petit tchinovnik Akakii Akakiévitch nous apercevons les innom- brables " créatures que personne ne protège, qui ne sont chères à personne et n'intéressent personne, les créatures passives qui supportent les lardons d'une chancellerie puis s'en vont au tombeau sans aucun événement notable ", et, en regard de ces pauvres choses chétives et courbées, nous voyons se dresser comme un sphinx ce monstre qui n'a ni figure humaine, ni cœur, ni entrailles : la Direction générale.

" Le Manteau occupe une place à part dans l'œuvre de Gogol. Il annonce l'œuvre de Dostoïevski... N'cût-il écrit que le Manteau, Gogol aurait marqué dans la littérature russe une empreinte ineffaçable. " Voilà tout ce que M. Léger trouve à dire sur l'influence exercée par cet incomparable chef-d'œuvre. On avouera que c'est peu. On connaît ce mot qui devrait servir d'épigraphe à tous ceux qui écrivent sur Nicolas Vassiliévitch et que Melchior de Vogue tenait d'un écrivain russe : *' Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol. " En quel sens et dans quelles limites il est vrai que le Manteau renfermait dans ses plis toute la fiction russe, que là, en ce point unique, à cette date (1842), se trouvait le précieux gise- ment aurifère d'où divergeraient les filons qui allaient contri- buer à la richesse de la littérature slave, c'est ce que l'on démêle à peu près clairement une fois qu'on a su lire comme il convient ces trente pages. Mais on aimerait que cela fut établi une fois pour toutes avec une méthode et une précision rigoureuses. Et, d'autre part, on eût souhaité que M. Léger indiquât, non pas, puisque la chose a été faite dans le Roman Russe, la divergence radicale du réalisme russe et du réalisme français, mais la divergence moins sensible du réalisme russe et du réalisme anglais. Et par là on était en bonne voie pour définir cet humour de Gogol qui n'est pas le rire innombrable de Dickens, ni cette jubilation de l'esprit qui comprend que nous rencontrons chez Chesterton, ni le sourire sarcastique qui

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