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ÏOI4 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

11 est tout à son objet, et on le croit abîmé dans soi même. Pourtant, la passion est égoïste avec une générosité que le plus entier sacrifice égale à peine. Surtout, la passion non satisfaite.

Il est clair que Stendhal s'est beaucoup vanté, «n apparence. Il n'a pas été des plus heureux en femmes ; il s'en prête qu'il n'a pas eues, on le devine ; et celles qui lui ont été le plus fidèles, on soupçonne qu'elles lui ont rendu chichement l'amour qu'il leur a prodigué. On se plaît, d'ail- leurs, toujours à supposer cet échec dans les grands hommes. On n'aime pas qu'un héros ait été plus heureux en amour, que le commun des mortels, dont le bonheur est si médiocre. (Les amours heureuses sont celles dont on ne voudrait pas.)

Ici, du moins, on a l'assurance de cette flat- teuse infortune. Stendhal avait trop d'esprit : il devait être gênant, surtout en Italie ; il était aisé- ment ridicule. Les passions très vives, à Paris, sont presque toujours déçues : en amour, l'esprit vd'un homme est une arme contre lui.

On est donc égoïste, parce qu'on n'a pas de bonheur. Cet égoïste de Stendhal ne peut même pas feindre le plaisir : s'il n'éprouve le bonheur de sa maîtresse, il ne sent plus le sien. A l'amour, il demande toute joie, et il ny trouve le plus souvent que mélancolie, faute de certitude. Quel •égoïste !

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