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IOI2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

au moins Tont trompé tant qu'elles ont voulu : raison de plus, diraient-elles, pour ne point faire grâce de la peine capitale.

Tous les traits de la passion, moins la haine impuissante dont il s*est purgé assez vite. Jusqu'au jour où on est le plus fort, la haine impuissante ramasse en faisceau tous les mouvements de la passion malheureuse. ^ Haine qui change d'objet à tout moment, et qui trompe l'appétit désespéré de la puissance. L'amour n'est si beau que pour faire un souverain absolu du plus humble amant, dès qu'il se croit préféré. On veut régner : on ne peut. On prend en haine ceux qui régnent, et qu'on méprise. On s'épuise de la sorte ; mais on s'exerce, et l'on se rompt aux grandes armes du dédain, du calcul et de la contemplation. Telle est l'école des héros adolescents. Dédain, contem- plation, suprêmes formes de la guerre : il faut mourir de colère, ou s'élever à ne plus voir en tout ceci qu'un objet qu'on domine, et un spectacle. La canaille et l'élite sont délicieuses aux yeux, le jour où on les regarde comme des objets le long d'une muraille ; et certes le journal les enveloppe. On touche alors à cette magnifique justice qui est le dernier mot du mépris. Et elle prononce cet arrêt digne de Solon à la cour de

1 Henri Brûlard, chap. XX, p. 193 : " Mon âme délivrée de la tyrannie, — je n'étais plus continuellement obsédé de ce sentiment si énervant : la haine impuissante. "

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