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VI


Je cherchai d’abord mes parents dans tous les jardins d’alentour, mais ce fut peine perdue ; ils s’étaient sans doute réfugiés dans quelque quartier éloigné, et je ne pus jamais savoir de leurs nouvelles.

Pénétré d’une tristesse affreuse, j’allai me percher sur la gouttière où la colère de mon père m’avait d’abord exilé. J’y passais les jours et les nuits à déplorer ma triste existence. Je ne dormais plus, je mangeais à peine : j’étais près de mourir de douleur.

Un jour que je me lamentais comme à l’ordinaire :

— Ainsi donc, me disais-je tout haut, je ne suis ni un merle, puisque mon père me plumait ; ni un pigeon, puisque je suis tombé en route quand j’ai voulu aller en Belgique ; ni une pie russe, puisque la petite marquise s’est bouché les oreilles dès que j’ai ouvert le bec ; ni une tourterelle, puisque Gourouli, la bonne Gourouli elle-même, ronflait comme un moine quand je chantais ; ni un perroquet, puisque Kacatogan n’a pas daigné m’écouter ; ni un oiseau quelconque, enfin, puisque, à Mortefontaine, on m’a laissé coucher tout seul. Et cependant j’ai des plumes sur le corps ; voilà des pattes