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IV


— Celle-là me protégera, celle-là viendra à mon secours ! Ah ! que l’abbé avait raison de me dire qu’un regard déciderait de ma vie ! Oui, ces yeux si fins et si doux, cette petite bouche railleuse et délicieuse, ce petit pied noyé dans un pompon… Voilà ma bonne fée !

Ainsi pensait, presque tout haut, le chevalier rentrant à son auberge. D’où lui venait cette espérance subite ? Sa jeunesse seule parlait-elle, ou les yeux de la marquise avaient-ils parlé ?

Mais la difficulté restait toujours la même. S’il ne songeait plus maintenant à être présenté au roi, qui le présenterait à la marquise ?

Il passa une grande partie de la nuit à écrire à mademoiselle d’Annebault une lettre à peu près pareille à celle qu’avait lue madame de Pompadour.

Retracer cette lettre serait fort inutile. Hormis les sots, il n’y a que les amoureux qui se trouvent toujours nouveaux, en répétant toujours la même chose.

Dès le matin le chevalier sortit et se mit à marcher, en rêvant dans les rues. Il ne lui vint pas à l’esprit d’avoir encore recours à l’abbé protecteur, et il ne serait