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role d’honneur. » Vous saurez donc que, la semaine passée, je m’étais rendue, avec deux de mes amies, Blanchette et Rougette, au théâtre de l’Odéon.

— Attendez que je coupe la galette, dit Marcel.

— Coupez, mais écoutez, reprit mademoiselle Pinson. J’étais donc allée avec Blanchette et Rougette à l’Odéon, voir une tragédie. Rougette, comme vous savez, vient de perdre sa grand’mère ; elle a hérité de quatre cents francs. Nous avions pris une baignoire ; trois étudiants se trouvaient au parterre ; ces jeunes gens nous avisèrent, et, sous prétexte que nous étions seules, nous invitèrent à souper.

— De but en blanc ? demanda Marcel ; en vérité, c’est très galant. Et vous avez refusé, je suppose.

— Non, monsieur, dit mademoiselle Pinson, nous acceptâmes, et, à l’entr’acte, sans attendre la fin de la pièce, nous nous transportâmes chez Viot.

— Avec vos cavaliers ?

— Avec nos cavaliers. Le garçon commença, bien entendu, par nous dire qu’il n’y avait plus rien ; mais une pareille inconvenance n’était pas faite pour nous arrêter. Nous ordonnâmes qu’on allât par la ville chercher ce qui pouvait manquer. Rougette prit la plume, et commanda un festin de noces : des crevettes, une omelette au sucre, des beignets, des moules, des œufs à la neige, tout ce qu’il y a dans le monde des marmites. Nos jeunes inconnus, à dire vrai, faisaient légèrement la grimace…