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ne m’a jamais connue que sous le nom de madame de Rosenval ; c’est le nom d’une terre que mon père a vendue. J’ai des maîtres, mon cher, j’étudie, et je ne veux rien faire qui compromette mon avenir.

Plus l’entretien se prolongeait, plus Tristan souffrait de la résistance et de l’étrange légèreté de Javotte. Évidemment le bracelet était là, dans cette chambre peut-être ; mais où le trouver ? Tristan se sentait par moments l’envie de faire comme les voleurs, et d’employer la menace pour parvenir à son but. Un peu de douceur et de patience lui semblait pourtant préférable.

— Ma brave Javotte, dit-il, ne nous fâchons pas. Je crois fermement à tout ce que vous me dites. Je ne veux non plus, en aucune façon, vous compromettre ; chantez à l’Opéra tant que vous voudrez, dansez même, si bon vous semble. Mon intention n’est nullement…

— Danser ! moi qui ai joué Célimène ! oui, mon petit, j’ai joué Célimène à Belleville, avant de partir pour la province ; et mon directeur, M. Poupinel, qui a assisté à la représentation, m’a engagée tout de suite pour les troisièmes Dugazon. J’ai été ensuite seconde grande première coquette, premier rôle marqué, et forte première chanteuse ; et c’est Brochard lui-même, qui est ténor léger, qui m’a fait résilier, et Gustave, qui est laruette, a voyagé avec moi en Auvergne. Nous faisions quatre ou cinq cents francs avec la Tour de Nesle, et Adolphe et Clara ; nous ne jouions que ces