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comme il faut. Elle donnait quelquefois de très jolis dîners qu’on faisait venir du café Vachette. Tous ces messieurs étaient bien gais, et il y en avait un qui avait une bien belle voix ; il chantait comme un vrai artiste de l’Académie. Du reste, monsieur, il n’y a jamais eu rien à dire sur le compte de madame de Monval. Elle étudiait aussi pour être artiste ; c’était moi qui faisais son ménage, et elle ne sortait jamais qu’en citadine.

— Fort bien, dit Armand ; allons rue Saint-Jacques.

— Mademoiselle Durand ne loge plus ici, répondit la seconde portière ; il y a six mois qu’elle s’en est allée, et nous ne savons guère trop où elle est. Ce ne doit pas être dans un palais, car elle n’est pas partie en carrosse, et elle n’emportait pas grand’chose.

— Est-ce qu’elle menait une vie malheureuse ?

— Oh ! mon Dieu, une vie bien pauvre. Elle n’était guère à l’aise, cette demoiselle. Elle demeurait là au fond de l’allée, sur la cour, derrière la fruitière. Elle travaillait toute la sainte journée ; elle ne gagnait guère et elle avait bien du mal. Elle allait au marché le matin, et elle faisait sa soupe elle-même sur un petit fourneau qu’elle avait. On ne peut pas dire qu’elle manquait de soin, mais cela sentait toujours les choux dans sa chambre. Il y a une dame en deuil qui est venue, une de ses tantes, qui l’a emmenée ; nous croyons qu’elle s’est mise aux sœurs du Bon-Pasteur. La lingère du coin vous dira peut-être cela : c’était elle qui l’employait.