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tion de venir à tout prix au secours de sa nièce. — Puisqu’elle n’a plus ni père ni mère dans ce moment-ci, avait-il dit aux gens de la maison, je me déclare pour son oncle véritable, chargé de la soigner et d’empêcher qu’il ne lui arrive malheur. Cette enfant m’a toujours plu ; j’ai souvent demandé à son père de me la donner pour me faire rire. Je ne veux pas l’en priver, c’est sa fille, mais pour l’instant je m’en empare. À son retour, je la lui rendrai fidèlement.

L’oncle Giraud n’avait pas grande foi aux médecins, par une assez bonne raison, c’est qu’il croyait à peine aux maladies, n’ayant jamais lui-même été malade. Une fièvre nerveuse surtout lui paraissait une chimère, un pur dérangement d’idées, qu’un peu de distraction devait guérir. Il s’était donc décidé à amener Camille à Paris. — Vous voyez, disait-il encore, qu’elle a du chagrin, cette enfant. Elle ne fait que pleurer, et elle a raison ; une mère ne vous meurt pas deux fois. Mais il ne s’agit pas que la fille s’en aille parce que l’autre vient de partir ; il faut tâcher qu’elle pense à autre chose. On dit que Paris est très bon pour cela ; je ne connais point Paris, moi, ni elle non plus. Ainsi donc je vais l’y mener, cela nous fera du bien à tous les deux. D’ailleurs, quand ce ne serait que la route, cela ne peut que lui être très bon. J’ai eu de la peine comme un autre, et toutes les fois que j’ai vu sautiller devant moi la queue d’un postillon, cela m’a toujours ragaillardi.

De cette façon, Camille et son oncle étaient venus à