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III


La petite fille devenait grande ; la nature remplissait tristement sa tâche, mais fidèlement. Camille n’avait que ses yeux au service de son âme ; ses premiers gestes furent, comme l’avaient été ses premiers regards, dirigés vers la lumière. Le plus pâle rayon de soleil lui causait des transports de joie.

Lorsqu’elle commença à se tenir debout et à marcher, une curiosité très marquée lui fit examiner et toucher tous les objets qui l’environnaient, avec une délicatesse mêlée de crainte et de plaisir, qui tenait de la vivacité de l’enfant, et déjà de la pudeur de la femme. Son premier mouvement était de courir vers tout ce qui lui était nouveau, comme pour le saisir et s’en emparer ; mais elle se retournait presque toujours à moitié chemin en regardant sa mère, comme pour la consulter. Elle ressemblait alors à l’hermine, qui, dit-on, s’arrête et renonce à la route qu’elle voulait suivre, si elle voit qu’un peu de fange ou de gravier pourrait tacher sa fourrure.

Quelques enfants du voisinage venaient jouer avec Camille dans le jardin. C’était une chose étrange que la