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sion d’être moins originale que grotesque. Mais cette impression ne dura pas. Le défilé continuait, une nouvelle fanfare marquant la cadence, suivie celle-ci d’hommes et de femmes de l’âge mur, qui dansaient dans le grand soleil, exténués mais convaincus. La note triste ne manqua pas de se révéler bientôt. Dans un groupe de danseurs, une femme, petite mais plutôt obèse, que la transpiration avait échevelée déjà, continuait à sauter. Une fillette marchait à côté d’elle à petits pas incertains, bousculée, pressée dans le perpétuel remous de la cohue, s’accrochant désespérément au jupon de sa mère, tandis que de gros sanglots roulaient sur ses joues. La mère cependant paraissait s’en inquiéter à peine et sautait, tenant appuyée contre son sein une autre fillette, du même âge à peu près, qui paraissait se tordre dans d’atroces convulsions. Le corps déjeté de ci de là, le visage grimaçant dans de hideuses contorsions, les bras, les mains esquissant de grands gestes de folie, la pauvre petite était atteinte de ce terrible mal qui est la danse de Saint Guy, et pour la guérison duquel on invoque le patron d’Echternach. La mère voulait que son enfant fût guérie, et elle dansait avec foi, préférant tomber raide sur le pavé que de manquer un seul pas.

Cependant elle faisait peine à voir : elle avait maintenant le visage congestionné, à demi caché par les mèches de ses cheveux dénoués, que la transpiration collait en large bandeaux. On s’attendait à la voir succomber sous l’effort surhumain quelle faisait pour vaincre la fatigue et la chaleur ; mais douée d’une énergie rare, que doublait peut-être encore sa ferme conviction, elle résista et disparut enfin au détour de la rue, s’étant arrêtée quelques