Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/234

Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 230 —

monde à un jeune homme atteint d’un mal incurable, qui paraissait rétabli maintenant, il est vrai, mais à qui le plus léger contre-temps, un rien suffirait à occasionner une rechute ?

Et malgré les protestations du docteur qui répondait corps pour corps de la santé de M. Darcier, il continua de motiver son refus, s’emportant tout à coup, puis suppliant aussitôt le médecin de le comprendre et de ne pas lui garder rancune. Maison devoir était là et il n’y faillirait pas…

D’ailleurs, d’où était venu à M. Darcier le droit de croire que Raymonde répondait au sentiment qu’il manifestait à son égard ? Il ne l’avait pas interrogée, peut-être ? Car jamais sa fille ne voudrait de M. Darcier pour son mari, ayant trop de bon sens pour ne pas apprécier les risques que lui ferait courir une pareille existence. C’était parbleu ! fort certain…

Au début de cet entretien, le hasard avait amené Raymonde de ce côté du bosquet où son père venait d’arriver. En reconnaissant la voix du docteur, elle s’était tout à coup profondément émue. Qu’allait-elle faire ?

Le mieux eût été de s’en aller bien vite rejoindre Marcelle, et de revenir plus tard, quand M. Petit aurait quitté son père. Mais non ! ce n’était pas possible. Son nom, prononcé à deux reprises, elle l’avait bien entendu. Il était donc question d’elle : sa destinée peut-être était en jeu. Que disait-on ? Quoi ? Elle voulait savoir, troublée tout à coup dans le plus intime de son être, prise soudain d’une anxiété fort pénible. Elle le voulait à tout prix, au risque de céder à une curiosité rapetissante, de recourir, pour la satisfaire, à un procédé