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la chose était fort pou probable, le docteur n’ayant point coutume de rester aussi tard à l’établissement. Il eut l’idée pourtant de le chercher et en fut récompensé : par hasard, le docteur était monté au Kursaal et s’y trouvait en compagnie.

— Eh bien ! M. Darcier, dit-il en voyant entrer le jeune homme, vous avez fait la promenade, paraît-il, cet après-midi. Vous êtes-vous bien amusé ?…

— Ineffablement, cher docteur, répondit Fernand. M. Dubreuil m’avait fait l’honneur de m’accompagner avec ses filles et les amies de Mlle Raymonde : partis vers deux heures dans un solide breack de louage, retenu par ses soins, nous avons visité rapidement les plus beaux sites d’un ravissant pays. Quel dommage que la saison soit aussi avancée, et que je ne puisse consacrer un mois encore aux excursions nombreuses dont j’ai tant entendu vanter le charme autour de moi !

Fernand s’était assis auprès du docteur après avoir salué la compagnie. La conversation avait repris son cours un instant interrompue. On parlait politique, un de ces messieurs donnant son avis sur le danger du conflit que pourrait provoquer le percement de l’isthme de Panama.

— La haute banque des États-Unis enrage de voir la Compagnie interocéanique persister aussi longtemps sans accroc. Elle lui a suscité, sans réussir à la décourager, des avanies de toute sorte.

— La presse anglaise l’y a, de son côté, aidé de tout son pouvoir sans parvenir à influencer la Bourse…

— Et puis après ?… N’est-ce pas la deuxième édition de ce que nous avons vu se produire lors du percement du canal de Suez ? Soyez assuré que