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Raymonde, permettez-vous que je vous charge d’une petite mission au bout de laquelle est un succès assuré ?

— C’est de tout cœur que j’accepte, Mademoiselle.

— Voyez donc demain matin l’organisateur du concert de la soirée, et priez-le d’ajouter au programme le nom de M. Darcier.

Fernand protesta, jurant encore qu’il n’était pas de taille à affronter le jugement d’un publie, se récriant, refusant cet excès d’honneur ; M. Dubreuil n’y prit pas garde et répondit à l’amie de sa fille :

— Je m’y engage, Mademoiselle ; vous avez eu là une excellente idée.

Il était l’heure de dîner quand on rentra à l’hôtel. La promenade fit tous les frais de la conversation : toutes ces dames, s’extasiant à la nouvelle que M. Darcier était un baryton di primo cartello, lui qu’on avait jusqu’alors à peine entendu parler, réclamaient une audition immédiate. Certainement on l’applaudirait le lendemain au concert, mais rien ne s’opposait à ce que les mains s’exerçassent dès ce soir à l’applaudir.

Malgré toutes leurs instances, Fernand ne céda point à ce caprice, affirmant une impérieuse nécessité d’être à huit heures chez le docteur Petit, qui l’attendait, disait-il, pour savoir de sa bouche le résultat produit par sa première sortie.

C’était un léger mensonge ; le docteur pouvant parfaitement attendre jusqu’au lendemain le récit des impressions de son malade favori. La vérité cependant était que Fernand brûlait de retrouver M. Petit ce soir encore, voulant avoir avec lui une conversation importante. Le rencontrerait-il ? Hélas !