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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/95

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LIVRE XXIII, CHAP. XV.


d'avoir le superflu ; mais il n’y a que les artisans qui le donnent.

Ces machines, dont l’objet est d’abréger l’art, ne sont pas toujours utiles. Si un ouvrage est à un prix médiocre, et qui convienne également à celui qui l’achète, et à l’ouvrier qui l’a fait, les machines qui en simplifieroient la manufacture, c’est-à-dire, qui diminueroient le nombre des ouvriers, seroient pernicieuses [1] ; et si les moulins à eau n’étoient pas partout établis, je ne les croirois pas aussi utiles qu’on le dit, parce qu’ils ont fait reposer une infinité de bras [2], qu’ils ont privé bien des gens de l’usage des eaux, et ont fait perdre la fécondité à beaucoup de terres.

  1. L’auteur défend une erreur dont l'expérience et l'étude ont fait Justice depuis longtemps. L'invention d’une machine jette sans doute un trouble passager dans l’industrie qui l’emploie ; elle supprime des bras, elle ôte du travail à d’honnêtes et bons ouvriers ; il y a là des souffrances momentanées dont la société doit tenir compte. Mais le résultat final de toute machine c’est d’abaisser le prix des choses, d’augmenter la consommation et de multiplier le travail ; c’est-à-dire de profiter également au consommateur et à l'ouvrier. Les chemins de fer ont-ils supprimé les voitures et les chevaux ?
  2. Ceci équivaut à dire que les moulins à eau, tout comme les moulins à vent, qui sont aussi des machines, ont ruiné les esclaves et les femmes qui s’épuisaient à tourner la meule, ou à concasser le grain. L’auteur oublie que le progrès des machines est par un certain côté le progrès même de la civilisation.
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