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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/88

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CHAPITRE XI.


DE LA DURETÉ DU GOUVERNEMENT.


Les gens qui n’ont absolument rien, comme les mendiants, ont beaucoup d’enfants. C’est qu’ils sont dans le cas des peuples naissants : il n’en coûte rien au père pour donner son art à ses enfants, qui même sont, en naissant, des instruments de cet art [1]. Ces gens, dans un pays riche ou superstitieux, se multiplient, parce qu’ils n'ont pas les charges de la société, mais sont eux-mêmes les charges de la société. Mais les gens qui ne sont pauvres que parce qu’ils vivent dans un gouvernement dur, qui regardent leur champ moins comme le fondement de leur subsistance que comme un prétexte à la vexation ; ces gens-là, dis-je, font peu d’enfants. Ils n’ont pas même leur nourriture ; comment pourroient-ils songer à la partager ? Ils ne peuvent se soigner dans leurs maladies ; comment pourroient-ils élever des créatures qui sont dans une maladie continuelle, qui est l’enfance ?

C’est la facilité de parler, et l’impuissance d’examiner, qui ont fait dire que plus les sujets étoient pauvres, plus les familles étoient nombreuses ; que plus on étoit chargé d’impôts, plus on se mettoit en état de les payer [2] : deux

  1. C’est-à-dire que, dès leur enfance, peuvent aider leur père à cultiver la terre, ou à exercer quelque industrie primitive.
  2. « Plus on tire d’argent des peuples, a dit Vauban,dans la Dime royale, plus on ôte d'argent au commerce. » — L’argent du royaume le mieux employé est celui qui demeure entre les mains des particuliers, où il n’est jamais ni inutile ni oisif. B. CONSTANT, Comment. sur Filangieri, IIe partie, chap. XV.