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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/69

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LIVRE XXII, CHAP. XXII.


Je quitte la ville pour jeter un peu les yeux sur les provinces [1].

J’ai dit ailleurs [2] que les provinces romaines étoient désolées par un gouvernement despotique et dur. Ce n’est pas tout : elles l’étoient encore par des usures affreuses.

Cicéron dit [3] que ceux de Salamine vouloient emprunter de l’argent à Rome, et qu’ils ne le pouvoient pas à cause de la loi Gabinienne. Il faut que je cherche ce que c’étoit que cette loi.

Lorsque les prêts à intérêt eurent été défendus à Rome, on imagina toutes sortes de moyens pour éluder la loi [4] ; et, comme les alliés [5] et ceux de la nation latine n’étoient point assujettis aux lois civiles des Romains, on se servit d’un Latin ou d’un allié qui prêtoit son nom, et paroissoit être le créancier. La loi n’avoit donc fait que soumettre les créanciers à une formalité, et le peuple n’étoit pas soulagé.

Le peuple se plaignit de cette fraude ; et Marcus Sempronius, tribun du peuple, par l’autorité du sénat, fit faire un plébiscite [6] qui portoit, qu’en fait de prêts les lois qui défendoient les prêts à usure entre un citoyen romain et un autre citoyen romain, auroient également lieu entre un citoyen et un allié, ou un Latin.

Dans ces temps-là,on appeloit alliés les peuples de l’Italie proprement dite, qui s’étendoit jusqu’à l’Arno et le Rubicon, et qui n’étoit point gouvernée en provinces romaines.

  1. Tout ce qui suit jusqu'à la fin du chapitre, sauf le dernier paragraphe, a été ajouté dans l'édition de 1758.
  2. Liv. XI, c. XIX. (M.)
  3. Lettres à Atticus, liv. V, lettre XXI. (M.)
  4. Tite-Live, liv. XXXV, c. VII. (M.)
  5. Ibid. (M.)
  6. L’an de Rome 561. Voyez Tite-Live, liv. XXV, c. VIII (M.)