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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/60

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CHAPITRE XIX.


DES PRÊTS A INTÉRÊT.


L’argent est le signe des valeurs [1]. Il est clair que celui qui a besoin de ce signe doit le louer, comme il fait toutes les choses dont il peut avoir besoin. Toute la différence est que les autres choses peuvent ou se louer ou s’acheter ; au lieu que l’argent, qui est le prix des choses, se loue et ne s’achète pas [2].

C’est bien une action très-bonne de prêter à un autre son argent sans intérêt, mais on sent que ce ne peut être qu’un conseil de religion, et non une loi civile.

Pour que le commerce puisse se bien faire, il faut que l’argent ait un prix, mais que ce prix soit peu considérable. S’il est trop haut, le négociant, qui voit qu’il lui en coûteroit plus en intérêts qu’il ne pourroit gagner dans son commerce, n’entreprend rien. Si l’argent n’a point de prix, personne n’en prête, et le négociant n’entreprend rien non plus.

Je me trompe quand je dis que personne n’en prête. Il faut toujours que les affaires de la société aillent ; l’usure

  1. L'argent est une valeur, et non pas seulement un signe des valeurs. Conf. Lettres persanes, CV, et les notes. V. sup., c. II, note 1.
  2. On ne parle point des cas où l’or et l’argent sont considérés comme marchandises. (M.)