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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/409

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CHAPITRE XI.


DE QUELLE MANIÈRE DEUX LOIS DIVERSES
PEUVENT ÊTRE COMPARÉES

[1].


En France, la peine contre les faux témoins est capitale ; en Angleterre, elle ne l'est point. Pour juger laquelle de ces deux lois est la meilleure, il faut ajouter : en France, la question contre les criminels est pratiquée ; en Angleterre elle ne l’est point ; et dire encore : en France, l’accusé ne produit point ses témoins , et il est très-rare qu’on y admette ce que l’on appelle les faits justificatifs ; en Angleterre, l’on reçoit les témoignages de part et d’autre. Les trois lois françoises forment un système très-lié et très-suivi ; les trois lois angloises en forment un qui ne l’est pas moins. La loi d’Angleterre, qui ne connoît point la question contre les criminels, n’a que peu d’espérance de tirer de l’accusé la confession de son crime [2] ; elle appelle donc de tous côtés les témoignages étrangers, et elle n’ose les décourager par la crainte d’une peine capitale. La loi françoise, qui a une ressource de plus [3] , ne craint pas tant d’intimider les témoins ; au contraire, la raison demande qu’elle les intimide : elle n’écoute que

  1. A. B. Comment il faut juger de la différence des lois.
  2. Elle s'y refuse ; elle n'admet pas qu’on puisse obliger un accusé à déposer contre lui-même.
  3. La torture.