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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/404

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CHAPITRE VII.


CONTINUATION DU MÊME SUJET. NÉCESSITÉ DE BIEN
COMPOSER LES LOIS.


La loi de l'ostracisme fut établie à Athènes, à Argos, et à Syracuse [1]. A Syracuse elle fit mille maux, parce qu’elle fut faite sans prudence. Les principaux citoyens se bannissoient les uns les autres, en se mettant une feuille de figuier à la main [2] ; de sorte que ceux qui avoient quelque mérite quittèrent les affaires. A Athènes, où le législateur avoit senti l’extension et les bornes qu’il devoit donner à sa loi, l’ostracisme fut une chose admirable : on n’y soumettoit jamais qu’une seule personne ; il falloit un si grand nombre de suffrages, qu’il étoit difficile qu’on exilât quelqu’un dont l’absence ne fût pas nécessaire [3].

On ne pouvoit bannir que tous les cinq ans : en effet, dès que l’ostracisme ne devoit s’exercer que contre un grand personnage qui donneroit de la crainte à ses concitoyens, ce ne devoit pas être une affaire de tous les jours [4].

  1. Aristote, Politique, liv. V, ch. III. (M.)
  2. Plutarque, Vie de Denys, ch. I. (M.) Plutarque et Diodore, liv. XI, disent une feuille d’olivier, [...] , d’où vient le nom de Pétalisme. C’était le nom de l'ostracisme en Sicile.
  3. L'ostracisme étoit une injustice. On n’est point criminel pour avoir du crédit, des richesses, ou de grands talents. C'étoit de plus un moyen de priver la république de ses meilleurs citoyens, qui n'y rentroient ensuite qu'à la faveur d'une guerre étrangère ou d'une sédition. (CONDORCET.)
  4. Sur cette justification de l'ostracisme, V. Sup. XXVI, XVII.