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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/402

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CHAPITRE VI.


QUE LES LOIS QUI PAROISSENT LES MÊMES
N'ONT PAS TOUJOURS LE MÊME EFFET.


César [1] défendit de garder chez soi plus de soixante sesterces. Cette loi fut regardée à Rome comme très-propre à concilier les débiteurs avec les créanciers ; parce qu’en obligeant les riches à prêter aux pauvres, elle mettoit ceux-ci en état de satisfaire les riches [2]. Une même loi, faite en France, du temps du Système [3], fut très-funeste : c’est que la circonstance dans laquelle on la fit étoit affreuse. Après avoir ôté tous les moyens de placer son argent, on ôta même la ressource de le garder chez soi ; ce qui étoit égal à un enlèvement fait par violence. César fit sa loi pour que l’argent circulât parmi le peuple ; le ministre de France fit la sienne pour que l’argent fût mis dans une seule main. Le premier donna pour de l’argent

  1. Dion, liv. XLI. (M.)
  2. La loi de César étoit injuste et absurde. Quelle étoit donc la tyrannie de cet homme si clément, s'il s’étoit arrogé le droit de fouiller les maisons des citoyens, d*enlever leur argent, etc. ! Et s'il n'employoit pas ces moyens, à quoi servoit sa loi ? D’ailleurs elle devoit augmenter la mane des dettes, et elle n'auroit pu être utile aux débiteurs qu’en diminuant l’intérêt de l’argent. Or, la liberté du commerce est le seul moyen de produire cet effet. Toute autre loi n’est propre qu’à faire hausser l’intérêt au-dessus du taux naturel. La loi de César n’étoit vraisemblablement qu’un brigandage, et celle de Law étoit de plus une extravagance. (CONDORCET.)
  3. Le système de Law. Lettres persanes XXVIII et CXLII.