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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/309

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LIVRE XXVIII, CHAP. XVII.


s'allier avec la force, ni de la force qui doit concourir avec le courage ; parce que, faisant cas de l’honneur, on se sera toute sa vie exercé à des choses sans lesquelles on ne peut l’obtenir. De plus, dans une nation guerrière, où la force, le courage et la prouesse sont en honneur, les crimes véritablement odieux sont ceux qui naissent de la fourberie, de la finesse et de la ruse, c’est-à-dire de la poltronnerie [1].

Quant à la preuve par le feu, après que l’accusé avoit mis la main sur un fer chaud, ou dans l’eau bouillante, on enveloppoit la main dans un sac que l’on cachetoit : si, trois jours après, il ne paroissoit pas de marque de brûlure, on étoit déclaré innocent. Qui ne voit que, chez un peuple exercé à manier des armes, la peau rude et calleuse ne devoit pas recevoir assez l’impression du fer chaud ou de l’eau bouillante, pour qu’il y parût trois jours après ? Et, s’il y paroissoit, c’étoit une marque que celui qui faisoit l’épreuve étoit un efféminé. Nos paysans, avec leurs mains calleuses, manient le fer chaud comme ils veulent. Et, quant aux femmes, les mains de celles qui travailloient, pouvoient résister au fer chaud. Les dames ne manquoient point de champions pour les défendre [2] ; et, dans une nation où il n’y avoit point de luxe, il n’y avoit guère d’état moyen.

Par la loi des Thuringiens [3], une femme accusée d’adultère n’étoit condamnée à l’épreuve par l’eau bouillante, que lorsqu’il ne se présentoit point de champion

  1. Inf XXX, XIX.
  2. Voyez Beaumanoir, Coutume de Beauvoisis, ch. LXI. Voyez aussi la loi des Angles, ch. XIV, où la preuve par l’eau bouillante n’est que subsidiaire. (M.)
  3. Tit. XVI. (M.)