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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/308

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DE L’ESPRIT DES LOIS.


bat pour un arrêt de la Providence, toujours attentive à punir le criminel ou l’usurpateur.

Tacite dit que, chez les Germains, lorsqu’une nation vouloit entrer en guerre avec une autre, elle cherchoit à faire quelque prisonnier qui pût combattre avec un des siens ; et qu’on jugeoit par l’événement de ce combat, du succès de la guerre. Des peuples qui croyoient que le combat singulier régleroit les affaires publiques, pouvoient bien penser qu’il pourroit encore régler les différends des particuliers.

Gondebaud [1], roi de Bourgogne, fut de tous les rois celui qui autorisa le plus l’usage du combat. Ce prince rend raison de sa loi dans sa loi même : « C’est, dit-il, afin que nos sujets ne fassent plus de serment sur des faits obscurs, et ne se parjurent point sur des faits certains ». Ainsi, tandis que les ecclésiastiques [2] déclaroient impie la loi qui permettoit le combat, la loi des Bourguignons regardoit comme sacrilège celle qui établissoit le serment.

La preuve par le combat singulier avoit quelque raison fondée sur l’expérience [3]. Dans une nation uniquement guerrière, la poltronnerie suppose d’autres vices ; elle prouve qu’on a résisté à l’éducation qu’on a reçue, et que l’on n’a pas été sensible à l’honneur, ni conduit par les principes qui ont gouverné les autres hommes ; elle fait voir qu’on ne craint point leur mépris, et qu’on ne fait point de cas de leur estime : pour peu qu’on soit bien né, on n’y manquera pas ordinairement de l’adresse qui doit

  1. La loi des Bourguignons, ch. XLV. (M.)
  2. Voyez les Œuvres d'Agobard. (M.)
  3. La raison était une croyance pieuse : on était convaincu que Dieu ferait un miracle plutôt que de laisser périr l'innocence. Les raisons que donne l’auteur sont trop ingénieuses pour être vraies.