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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/26

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CHAPITRE VI.


PAR QUELLE RAISON LE PRIX DE L’USURE [1] DIMINUA
DE LA MOITIÉ
LORS DE LA DÉCOUVERTE DES INDES.


L’Inca Garcilasso [2] dit qu’en Espagne, après la conquête des Indes, les rentes, qui étoient au denier dix, tombèrent au denier vingt. Cela devoit étre ainsi. Une grande quantité d’argent fut tout à coup portée en Europe : bientôt moins de personnes eurent besoin d’argent ; le prix de toutes choses augmenta, et celui de l’argent diminua ; la proportion fut donc rompue, toutes les anciennes dettes furent éteintes. On peut se rappeler le temps du Système [3], où toutes les choses avoient une grande valeur, excepté l’argent [4]. Après la conquête des Indes, ceux qui avoient de l’argent furent obligés de diminuer le prix ou le louage de leur marchandise, c’est-à-dire, l’intérêt.

Depuis ce temps le prêt n’a pu revenir à l’ancien taux, parce que la quantité de l’argent a augmenté toutes les années en Europe. D’ailleurs, les fonds publics de quelques

  1. On dirait aujourd’hui : l’intérêt.
  2. Histoire des guerres civiles des Espagnols dans les Indes. (M.)
  3. On appelloit ainsi le projet de M. Law en France. (M.)
  4. Ce n'était pas l’argent qui perdait, jamais il ne fut plus cher ; c’était le papier qui ne représentait rien. L’auteur l’a clairement expliqué, Inf. c. X, vers la fin.