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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/258

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DE L’ESPRIT DES LOIS.


blés sur une même tète ; des citoyens eurent trop, une infinité d’autres n’eurent rien. Aussi le peuple, continuellement privé de son partage, demanda-t-il sans cesse une nouvelle distribution des terres [1]. Il la demanda dans le temps où la frugalité, la parcimonie et la pauvreté faisoient le caractère distinctif des Romains, comme dans les temps où leur luxe fut porté à l’excès [2].

Les testaments étant proprement une loi faite dans l’assemblée du peuple, ceux qui étoient à l’armée se trouvoient privés de la faculté de tester. Le peuple donna aux soldats le pouvoir de faire [3], devant quelques-uns de leurs compagnons, les dispositions qu’ils auroient faites devant lui [4].

Les grandes assemblées du peuple ne se faisoient que deux fois Tan ; d’ailleurs le peuple s’étoit augmenté et les affaires aussi. On jugea qu’il convenoit de permettre à tous les citoyens de faire leur testament devant quelques citoyens romains pubères [5], qui représentassent le corps du peuple : on prit cinq citoyens [6], devant lesquels l'hé-

  1. Le peuple romain ne demandait point une nouvelle distribution des terres ; il ne s'agissait pas de remettre en commun le patrimoine des citoyens, et de donner à chaque père de famille une part égale dans ce nouveau domaine. Non, ce que demandait la plèbe et les tribuns, l'objet des lois agraires, c’était le partage des terres publiques. On ne poursuivait pas une égalité chimérique, on voulait seulement attribuer aux citoyens une part de ce qu'ils avaient conquis comme soldats.
  2. A. B. Où leur luxe fut plus étonnant encore.
  3. Ce testament appellé in procinctu étoit différent de celui que l'on appela militaire, qui ne fut établi que par les constituions des empereurs, leg. 1, ff. de militari testamento : ce fut une de leurs cajoleries envers les soldats. (M.)
  4. Ce testament n'étoit point écrit, et étoit sans formalités, sine libra et tabulis, comme dit Cicéron, liv. de l'Orateur. (M.)
  5. Instit., liv. II, tit. X, § 1 ; Aulugelle, liv. XV, ch. XXVII. On appella cette sorte de testament, per œs et libram. (M.)
  6. Ulpien, tit. X, § 2. (M.)