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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/257

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LIVRE XXVII, CHAPITRE UNIQUE.


privé dans ses derniers moments du commerce des bienfaits.

On trouva im moyen de concilier à cet égard les lois avec la volonté des particuliers. Il fut permis de disposer de ses biens dans une assemblée du peuple ; et chaque testament fut, en quelque façon, un acte de la puissance législative.

La loi des Douze Tables permit à celui qui faisoit son testament, de choisir pour son héritier le citoyen qu’il vouloit. La raison qui fit que les lois romaines restreignirent si fort le nombre de ceux qui pouvoient succéderai ab intestat fut la loi du partage des terres ; et la raison pourquoi elles étendirent si fort la faculté de tester, fut que le père pouvant vendre ses enfants [1], il pouvoit, à plus forte raison, les priver de ses biens. C’étoient donc des effets différents, puisqu’ils couloient de principes divers ; et c’est l’esprit des lois romaines à cet égard.

Les anciennes lois d’Athènes ne permirent point au citoyen de faire de testament. Selon le permit [2], excepté à ceux qui avoient des enfants ; et les législateurs de Rome, pénétrés de l'idée de la puissance paternelle, permirent de tester au préjudice même des enfants. Il faut avouer que les anciennes lois d’Athènes furent plus conséquentes que les lois de Rome. La permission indéfinie de tester, accordée chez les Romains, ruina peu à peu la disposition politique sur le partage des terres ; elle introduisit, plus que toute autre chose, la funeste différence entre les richesses et la pauvreté ; plusieurs partages furent assem-

  1. Denys d’Halicarnasse prouve, par une loi de Numa, que la loi qui pennettoit au père de vendre son fils trois fois, étoit une loi de Romulus, non pas des décemvirs. Liv. II. (M.)
  2. Voyez Plutarque, Vie de Solon. (M.)