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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/244

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CHAPITRE XIX.


QU'IL NE FAUT PAS DÉCIDER
PAR LES LOIS CIVILES LES CHOSES QUI DOIVENT l’ÉTRE
PAR LES LOIS DOMESTIQUES.


La loi des Wisigoths vouloit que les esclaves [1] fussent obligés de lier l'homme et la femme qu’ils surprenoient en adultère, et de les présenter au mari et au juge : loi terrible, qui mettoit entre les mains de ces personnes viles le soin de la vengeance publique, domestique et particulière !

Cette loi ne seroit bonne que dans les sérails d’Orient, où l’esclave qui est chargé de la clôture a prévariqué sitôt qu’on prévarique. Il arrête les criminels, moins pour les faire juger que pour se faire juger lui-même, et obtenir que l’on cherche dans les circonstances de l’action si l’on peut perdre le soupçon de sa négligence.

Mais dans les pays où les femmes ne sont point gardées, il est insensé que la loi civile les soumette, elles qui gouvernent la maison, à l’inquisition de leurs esclaves.

Cette inquisition pourroit être, tout au plus dans de certains cas, une loi particulière domestique, et jamais une loi civile.

  1. Loi des Wisigoths, liv. III, tit. IV, § 6. (M.)