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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/235

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CHAPITRE XV.


QU'IL NE FAUT POINT RÉGLER
PAR LES PRINCIPES DU DROIT POLITIQUE
LES CHOSES QUI DÉPENDENT DES PRINCIPES DU DROIT CIVIL.


Comme les hommes ont renoncé à leur indépendance naturelle pour vivre sous des lois politiques, ils ont renoncé à la communauté naturelle des biens pour vivre sous des lois civiles [1].

Ces premières lois leur acquièrent la liberté ; les secondes, la propriété. Il ne faut pas décider par les lois de la liberté, qui, comme nous avons dit, n’est que l’empire de la cité, ce qui ne doit être décidé que par les lois qui concernent la propriété. C’est un paralogisme de dire que le bien particulier doit céder au bien public : cela n’a lieu que dans les cas où il s’agit de l’empire de la cité, c’est-à-dire de la liberté du citoyen ; cela n’a pas lieu dans ceux où il est question de la propriété des biens, parce que le bien public est toujours que chacun conserve invariablement la propriété que lui donnent les lois civiles.

  1. Ces deux assertions, qui étaient un lieu commun au temps de Montesquieu, sont aujourd’hui regardées comme autant d’erreurs. En dehors de la société et des lois civiles, l'indépendance naturelle n'est autre chose que le droit d’être tué, et la communauté naturelle des biens, que le droit d’être dépouillé par le premier venu. En dehors de la société, l'homme n'a rien et n'est rien, mais ubi societus, ibi jus.