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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/207

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CHAPITRE III.


DES LOIS CIVILES QUI SONT CONTRAIRES
A LA LOI NATURELLE.


« Si un esclave, dit Platon [1], se défend et tue un homme libre, il doit être traité comme un parricide. » Voilà une loi civile qui punit la défense naturelle [2].

La loi qui, sous Henri VIII, condamnoit un homme sans que les témoins lui eussent été confrontés, étoit contraire à la défense naturelle : en effet, pour qu’on puisse condamner, il faut bien que les témoins sachent que l’homme contre qui ils déposent est celui que l’on accuse, et que celui-ci puisse dire : Ce n’est pas moi dont vous parlez. [3]

La loi passée sous le même règne, qui condamnoit toute fille, qui, ayant eu un mauvais commerce avec quelqu’un, ne le déclareroit point au roi avant de l’épouser, violoit la défense de la pudeur naturelle : il est aussi déraisonnable d’exiger d’une fille qu’elle fasse cette déclaration, que de demander d’un homme qu’il ne cherche pas à défendre sa vie.

La loi de Henri II, qui condamne à mort une fille dont l’enfant a péri, en cas qu’elle n’ait point déclaré au magistrat sa grossesse, n’est pas moins contraire à la défense

  1. Liv. IX des Lois. (M.)
  2. Sup. XV, XVII.
  3. Inf. XXIX, XI.