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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/152

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CHAPITRE XIV.


COMMENT LA FORCE DE LA RELIGION S’APPLIQUE
A CELLE DES LOIS CIVILES.


Comme la religion et les lois civiles doivent tendre principalement à rendre les hommes bons citoyens [1], on voit que lorsqu’une des deux s’écartera de ce but, l’autre y doit tendre davantage : moins la religion sera réprimante, plus les lois civiles doivent réprimer.

Ainsi, au Japon, la religion dominante n’ayant presque point de dogmes, et ne proposant point de paradis ni d’enfer, les lois, pour y suppléer, ont été faites avec une sévérité, et exécutées avec une ponctualité extraordinaires.

Lorsque la religion établit le dogme de la nécessité [2] des actions humaines, les peines des lois doivent être plus sévères et la police plus vigilante, pour que les hommes, qui, sans cela, s’abandonneroient eux-mêmes, soient déterminés par ces motifs ; mais si la religion établit le dogme de la liberté, c’est autre chose.

De la paresse de l’âme, naît le dogme de la prédestination mahométane ; et du dogme de cette prédestination,

  1. Toute religion qui tend à rendre l'homme plus parfait, tend par cela même à le rendre bon citoyen. (LUZAC.)
  2. C’est-à-dire : de la fatalité.