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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/334

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érent. Je la hais et je l’adore comme on ferait d’une femme. » Les phases de sa vie intellectuelle suivaient le mouvement des saisons. Il associait la nature non seulement à ses sentiments, mais aussi à sa philosophie : « Le temps était doux et sombre, la campagne triste ; un ciel gris l’enveloppait. L’horizon immobile, sous cette teinte uniforme, semblait pourtant s’approcher peu à peu de la terre ; aucune perspective d’ailleurs, rien qui fît apprécier les distances. J’aurais pu croire toucher le ciel en atteignant le bout de la route. L’immensité, qui parfois nous effraye en nous isolant, n’existait plus. C’était tout intime, on sentait Dieu à portée. On éprouvait quelque chose de l’émotion attendrie d’un fils qui, habituellement séparé de son père par une distance infinie, le voit peu à peu redescendre et doucement venir à lui. »

Le cœur n’est pas seulement la source des pensées, il est aussi le maître du style. « Les paroles sortent de la plénitude du cœur : ce mot pris dans un autre sens que ne l’entendait le Christ, vaut à lui seul toutes les rhétoriques. » Il dit ailleurs : « Le style n’est qu’un mouvement de l’âme. » Cette belle définition est