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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/321

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déjà très fort : l’amour de la mort. Non pas cet amour de la mort désespéré et gémissant que prêchent, ressentent ou affectent les pessimistes contemporains, mais un amour viril, plein de tendresse, de foi et d’espérance, qui voit dans la mort la condition même de la vie et le passage à un meilleur avenir. Il lui semble naturel de dire en même temps : « J’aime la mort » et : « Nous sommes nés pour l’action ». Ce n’est pas la mort seulement, c’est les morts qu’il aime. Dans ses incessantes promenades et ses longues visites au Père-Lachaise, il ne s’arrête pas seulement aux tombes de ceux qu’il a aimés, il donne de l’eau et des fleurs à des tombes négligées ; il a pitié des morts inconnus et oubliés. Il converse avec eux comme il converse avec l’âme de Poinsot « son cher enfant ».

Cet amour pour les morts n’est-il pas entré pour beaucoup dans la vocation historique de Michelet ? dans la manière même dont il a compris l’histoire ? N’a-t-il pas voulu être la conscience et la voix des foules anonymes, victimes obscures qui ont fait l’histoire, et que l’histoire oublie ? N’est-ce pas à ces foules, aux héros méconnus, qu’il a voué toutes ses sympathies ? N’est-il pas descendu en