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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/317

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de l’amour. Poinsot est pour lui un autre lui-même ; il y a entre eux de telles ressemblances qu’il voit là « une méprise du Démiourgos qui a réalisé deux fois l’exemplaire éternel de la même âme, pour parler comme Platon ». Appelés à des vocations toutes différentes, puisque Poinsot faisait ses études de médecine, ils sont bientôt séparés après avoir vécu deux ans côte à côte. Poinsot est interne à Bicêtre, et désormais tout l’intérêt de la vie se concentre pour Michelet dans ses visites à son ami et dans les lettres qu’ils échangent. L’éloignement fait pour cette amitié ce qu’il aurait fait pour un amour : « c’est le soufflet de la forge ». C’est le cœur plein d’attendrissement que Michelet suit le chemin de la barrière de Fontainebleau, qu’avant d’entrer à Bicêtre, il contemple sa fenêtre. C’est avec ravissement qu’au retour, il pense à son ami, à leurs entretiens, à leurs promenades.

Cette amitié lui paraît supérieure à l’amour : « avec un ami, on arrive bientôt à se répandre, et délicieusement, sur les questions générales, ce qu’on ne fait guère avec une femme qu’on aime » ; l’amitié développe, au lieu de l’éteindre, l’amour de l’humanité. Poinsot, nature élevée et pure, qui « unissait la maturité de la