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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/280

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pour lui comme une partie de lui-même. Jamais il ne souffrit que le drap qui recouvrait sa table à écrire fût changé, ni que les vieux cartons sales et déchirés où il renfermait ses papiers fussent renouvelés. Son caractère était aussi calme et paisible que sa vie était régulière. Son abord était simple et affable ; sa conversation, mélange exquis d’esprit et de poésie, ne dégénérait jamais en monologue, et, sans avoir rien de guindé ni de solennel, maintenait sans effort l’esprit des interlocuteurs dans des régions élevées. Ses manières avaient gardé les traditions de politesse de l’ancienne France ; sans y mettre de recherche, il montrait les mêmes égards à tous ceux qui l’approchaient, quel que fût leur rang ou leur âge ; cette politesse n’avait rien de banal, car on y sentait une réelle bienveillance. Sa mise était toujours irréprochable. Je le vois encore assis dans son fauteuil, à sa réception du soir, la taille serrée dans une redingote sur laquelle on n’aurait pu trouver une tache ni un grain de poussière ; ses pantalons à sous-pieds bien tirés sur ses souliers vernis, tenant un mouchoir blanc dans la main, qu’il avait délicate, nerveuse et soignée comme celle d’une femme, et la tête encadrée dans ses cheveux blancs, longs, légers et soyeux.