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justice et de la grâce[1], opposition que son cœur ne pouvait admettre ; car la justice sans amour n’est plus qu’une légalité sauvage et impitoyable, et l’amour sans justice un caprice immoral. Il s’émut, s’indigna en voyant la dureté de l’Église pour la femme qu’elle regarde comme un être impur, cause de tentation et de chute ; sa dureté pour l’enfant, qu’elle damne, s’il meurt sans baptême ; sa dureté pour l’animal à qui elle refuse une âme et en qui elle incarne les démons ; sa dureté pour la nature entière, qui représente le mal et le péché. Il regarde le célibat des prêtres comme un attentat contre la vie, la doctrine du péché originel comme un blasphème contre l’enfance, la distinction des élus et des damnés, du ciel et de l’enfer, comme une injure à la bonté de Dieu. L’amour divin enseigné par l’Évangile ne lui apparaissait que défiguré par les mièvreries de la dévotion et par l’orgueil de la théocratie ; il ne le trouvait

  1. Chose curieuse ; à l’École normale, en 1830, il montrait dans l’avènement du christianisme le premier triomphe d’une religion de liberté sur les religions fatalistes de l’Orient. La Grâce représentait à ses yeux le libre arbitre en opposition à la loi qui était la fatalité. Combien les généralisations de ce genre, faites d’imagination et de passion, sont arbitraires et superficielles.