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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/247

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de la Prusse et la légèreté criminelle du gouvernement français menacèrent l’Europe d’une guerre impie, Michelet, presque seul, osa protester publiquement contre l’entraînement d’un chauvinisme vaniteux et brutal. Sa clairvoyance d’historien et son sens profond de la justice lui faisaient prévoir l’issue de la guerre. Il avait droit d’être écouté, lui qui toute sa vie avait prêché le patriotisme, comme on fait d’une religion. Sa voix se perdit dans le tumulte, et le 16 juillet il m’écrivait ces lignes prophétiques : « Les événements se sont précipités… Le crime est accompli. L’Europe interviendra, mais pas assez vite pour qu’il n’y ait avant un désastre immense. » Il ne se trompait que sur un point, l’intervention de l’Europe.

On sait ce qui suivit. Michelet avec sa santé débile, encore ébranlée par ce dernier choc, ne pouvait songer à partager les privations du siège de Paris. Il se retira en Italie ; mais son cœur restait en France ; de loin il ressentit comme s’il eût été présent toutes les agonies, toutes les souffrances de la patrie. Le coup qui abattit la France le frappa lui aussi. La capitulation de Paris provoqua chez lui une première attaque d’apoplexie. Il s’en relevait à