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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/185

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inaugurée par Balzac et Stendhal, expliquent cette aridité secrète, que l’on sent dans ces pages, qui vous happe à la gorge comme les vapeurs d’une fabrique de produits minéraux. Cette lecture est instructive à un très haut degré, mais elle est antivivifiante ; elle dessèche, corrode, attriste. Elle n’inspire rien, elle fait seulement connaître. J’imagine que ce sera la littérature de l’avenir, à l’américaine, formant un contraste profond avec l’art grec ; l’algèbre au lieu de la vie, la formule au lieu de l’image, les exhalaisons de l’alambic au lieu de l’ivresse d’Apollon, la vue froide au lieu des joies de la pensée, bref, la mort de la poésie, écorchée et anatomisée par la science. »


Il y a là, avec une part de vérité, beaucoup d’exagération et même d’injustice. Il suffit de relire l’essai intitulé : Sainte Odile et Iphigénie en Tauride, pour voir à quel point Taine sentait la beauté antique, de relire ses pages sur madame de Lafayette ou sur Oxford pour reconnaître qu’il avait le don de la grâce, et celles sur la Réforme en Angleterre pour sentir combien il était ému par les luttes de la conscience et par le spectacle de l’héroïsme moral. Il serait facile en parcourant ses ouvrages de montrer