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volonté, en se nourrissant de Balzac et de Michelet. Il y a là une bonne part de légende. Sans doute, la volonté a joué, chez ce robuste génie, un rôle dans la formation de son style comme dans celle de ses idées ; mais il y a un accord trop profond entre son style, sa méthode et sa doctrine pour que son style n’ait pas été produit par une nécessité intime de sa nature. On ne fabrique pas à volonté un style de cette beauté, solide, éclatant, tantôt vibrant de nervosité, tantôt s’épanchant en périodes d’une large et majestueuse harmonie. Il faut reconnaître cependant que ce mélange de dialectique et de pittoresque, cette application de la science à la critique et à l’esthétique, cette intervention constante de la physique et de la physiologie dans les choses de l’esprit, cet effort pour tout ramener à des lois nécessaires et à des principes simples et clairs, n’étaient point sans dangers ni sans inconvénients. La complexité de la vie rentre difficilement dans des cadres aussi précis et aussi inflexibles, et surtout la nature a ce merveilleux et inexplicable privilège, partout où elle combine des éléments, d’ajouter à ces éléments un élément nouveau qui en résulte, mais n’est point expliqué par eux. Cela est vrai surtout dans le