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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/171

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Cette bonté, cette douceur, cette réserve, cette modestie, ce respect des sentiments d’autrui ne s’alliaient d’ailleurs à aucune faiblesse de caractère, à aucune complaisance pour les convenances mondaines, à aucune timidité de pensée. La nature pacifique de Taine et ses idées sur les lois de l’évolution sociale s’accordaient à lui inspirer la crainte et l’horreur des révolutions violentes, mais peu d’hommes ont montré dans leur vie intellectuelle une sincérité, une probité aussi courageuse. Il ne concevait même pas qu’une considération personnelle pût arrêter l’expression d’une conviction sérieuse. Il avait, au sortir de l’École normale, sans aucun désir de bravade, compromis sa carrière en exposant sincèrement ses idées philosophiques. Il avait abandonné l’Université pour courir les risques de la carrière littéraire indépendante, sans se donner des airs de martyr ou de héros. Il avait ensuite dans ses ouvrages poursuivi l’exposition de ses idées sans s’inquiéter s’il scandalisait des amis ou des protecteurs, et sans jamais répondre aux attaques de ses adversaires ; toute polémique personnelle lui paraissait blessante pour les personnes et inutile à la science ; enfin, dans ses Origines de la France contemporaine, il avait